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Une fois n'est pas coutume, cet édito prendra la forme d'une chronique... ou plutôt de deux chroniques ! Celle de "Anomaly" et celle de "Sonic Boom". A circonstances exceptionnelles, édito exceptionnel ! Depuis combien de temps, en effet, n'avions-nous pas eu l'occasion de nous précipiter chez nos disquaires pour acheter un nouvel album d'Ace Frehley et un autre de KISS, et ce à quelques jours d'intervalle seulement ? Depuis vingt ans, très précisément ! Fin 1989, le Space Ace défiait son ex-groupe avec un superbe "Trouble Walkin'", tandis que ses anciens comparses, pas bégueules, sortaient un "Hot In The Shade" beaucoup plus controversé. Par un heureux concours de circonstances, les frères ennemis se tiraient même la bourre sur une compo signée Stanley/Child/Knight, "Hide Your Heart" ! Autant dire que depuis, et contrairement à ce que nous conseille la chanson, ces gens-là ne se sont jamais gênés pour dire ce qu'ils avaient sur le coeur...

Nous voici en 2009, et la situation se répète ! 20 ans, donc, après le dernier album d'Ace Frehley, et 11 ans après la dernière réalisation studio de KISS ! Des délais suffisamment longs pour rendre cinglé le plus patient des fans ! Surtout que dans le cas du Bisou, il ne se trouvait plus grand monde pour espérer un nouveau disque de la part de musiciens devenus bien trop mythiques pour être créatifs ! Depuis la reformation du groupe original, en effet, Simmons & Co profitaient pleinement d'une popularité à nouveau à son zénith, et si en 1998, le groupe accouchait d'un nouvel effort, il fallait surtout y voir une nouvelle tentative de capitaliser sur la nostalgie du KISS Mark I. Celui-là même qui n'aura participé que sporadiquement à un "Psycho Circus" à la folie bien tiédasse ! Alors bien sûr, Ace Frehley et Peter Criss ayant quitté le navire (pour y revenir par la suite, dans le cas du second), on aurait pu croire que les deux leaders allaient ressentir le besoin de prouver à une KISS Army quand même un brin décontenancée que les petits "nouveaux" (Tommy Thayer et Eric Singer, pour ceux qui n'auraient pas suivi !) n'étaient pas là uniquement pour faire de la figuration. Et pourtant ! Si les tournées qui se succédèrent peu après le Farewell Tour (on en rit encore !) amenèrent leur lot de - bonnes ! - surprises, on ne peut pas dire qu'elles sortaient beaucoup KISS du carcan dans lequel il s'était lui-même enfermé avec la reformation... Et puis, fin 2008, la nouvelle tombe : nouvel album il y aura ! Sonique ou pas, voilà une annonce qui aura fait un boum !

Mais commençons d'abord par "Anomaly". Avec ce disque, toute la question était de savoir si Mr. Frehley n'avait pas perdu sa créativité dans ce qui s'avérait être au fil des mois une véritable arlésienne du rock (on en parlait déjà en 1995 !). A l'écoute de ladite anomalie, la réponse est évidente : non, cent fois non ! Heavy (le son, particulièrement compressé, rappelle celui d'un certain album noir), varié, mélodique, "Anomaly" remet Ace à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter : celle d'un guitariste inspiré, aux talents d'écriture indéniables. Car il faut bien avouer que ce qui frappe à l'écoute de ce disque, c'est la qualité des compositions du Spaceman. De son propre aveu, cet album se voulait dans la continuité de son disque solo de 1978 (souvenons-nous qu'à l'époque, Ace avait fait un joli pied de nez à ses comparses en dévoilant des qualités de compositeur que peu, alors, lui soupçonnaient) et force est de constater que le pari est réussi !

Ace ouvre d'ailleurs les hostilités avec "Foxy And Free", clin d'oeil appuyé au Maître Hendrix faisant immédiatement penser à "Snowblind", cette ode à la neige qui fait mal aux sinus passée au rang de classique depuis 31 ans. Mais si d'autres morceaux, "Pain In The Neck", "Fractured Quantum" (nouveau volet de la suite "Fractured Mirror" inaugurée en 1978), se chargent de nous rappeler la première oeuvre solo du Space Ace, on aurait tort de résumer le disque à tentative éhontée de capitaliser sur un glorieux passé. Et tandis que "Outer Space" - sur laquelle le compère de toujours, Anton Fig (derrière les fûts sur la majorité des morceaux composant "Anomaly"), démontre une fois de plus toute l'étendue de son talent - nous révèle une facette incroyablement hargneuse du Spaceman, d'autres chansons sortent notablement des sentiers battus par leur côté plus soft. Ainsi, la touchante "A Little Below The Angels", compo sucrée sur laquelle Ace invite sa fille, Monique, aux choeurs, "Change The World", et ses parties de chant inédites, ou, dans une moindre mesure, le funkysant "It's A Great Life" apportent une fraîcheur bienvenue à l'ensemble du disque en y insufflant un peu d'innocence. L'ombre et la lumière, en somme. L'éternelle opposition évoquée par Ace dans ces rock songs mid-tempo, par ailleurs très personnelles.

Comment, aussi, ne pas évoquer l'époustouflant "Genghis Khan", pièce faussement instrumentale qui donne l'occasion à Ace de toucher du doigt les étoiles desquelles on finira bien par croire qu'il vient. Frehley ? Page ? "Genghis Khan" brouille les cartes (des as, bien sûr !), à tel point que l'on jurerait entendre un titre inédit de "Physical Graffiti" ! Bluffant ! Ajoutons à cela une magistrale reprise de Sweet ("Fox On The Run") et une version remaniée d'une démo tellement grandiose qu'elle figurait déjà en bonne place dans les setlists du Spaceman depuis 1995 ("Sister"), et vous aurez compris que cet "Anomaly" est un grand, un très grand disque. Tout juste aurait-on aimé que le nonchalant guitariste apporte plus de soin à ses soli. A l'image de ceux signés par son successeur au sein de KISS, par exemple...

KISS, le vilain petit canard du rock. Le groupe que les "élites" se sont toujours complues à railler. Alors, vous pensez ! Un nouvel album studio du Bisou en 2009, après que ses deux leaders aient répété à l'envie qu'ils ne voulaient plus sortir de disques, ça allait jaser dans les chaumières des "Inrocks" (comme on dit dans le grand monde) ! Et puis, les premières chroniques sont tombées, et là, le choc ! KISS revient ! KISS renaît de ses cendres ! KISS sort un grand disque ! Même Rolling Stone ne tarissait pas d'éloges sur une oeuvre censée réhabiliter les musiciens aux yeux des sceptiques de tous bords. Rolling Stone ! Certains fans se seraient suicidés pour moins que ça ! Du jour au lendemain, le microcosme de la critique rock s'enflammait pour un groupe qu'il s'était toujours acharné à descendre... en flammes ! Mais en fin de compte, incendie ou pétard mouillé, ce "Sonic Boom" ? Le premier titre, "Modern Day Delilah", nous ayant mis la puce à l'oreille bien avant la sortie de l'album, on se disait que non, décidément, on ne pouvait être déçu par une telle déferlante heavy. C'est bien simple, on se serait cru revenu à l'ère "Revenge", voir à celle de "Carnival Of Souls" ! Mais à bien y réfléchir, n'y avait-il pas là une volonté de remonter beaucoup plus loin dans le temps ? Vrai ! Il y avait aussi un peu de "I Stole Your Love" dans ce riff implacable ! Et puis, n'oublions pas que les maquillés avaient eux-mêmes déclaré que "Sonic Boom" se situait dans la droite lignée de leurs productions des années 70. Effet d'annonce maintes fois utilisé par le passé ! Sauf que cette fois... c'était vrai !

"Sonic Boom", s'il peut évoquer les 80's ou les 90's par certains aspects, est une tentative - réussie ! - de reprendre les choses là où KISS les avaient laissées avec "Love Gun". C'est vrai musicalement, avec des titres comme "Yes I Know (Nobody's Perfect)" (l'impression d'écouter "Dressed To Kill" est troublante) ou "Hot And Cold" (un "Love 'Em And Leave 'Em" des années 2000) sur lesquels Gene retrouve un style d'écriture qu'on ne lui connaissait plus depuis belle lurette, mais c'est aussi - et surtout ! - vrai pour la démarche du groupe : composé et enregistré sans l'aide de collaborateurs extérieurs, "Sonic Boom" résulte d'un véritable effort collectif, le genre de disque que KISS enregistrait quand il avait encore tout à prouver. Il y a pas mal de temps, donc ! Depuis combien d'années en effet n'avions-nous pas entendu les musiciens se partager les choeurs sur toutes les chansons, Gene faire des glissades de manche (de basse, je précise !) à l'envie, Paul crier "Yeah !" à tout bout de champ ? Bien sûr, ce ne sont là que des détails. Mais ils en disent long sur la grosse envie qui a mené à l'élaboration de cet album. Rien ne paraît forcé sur "Sonic Boom", et quand un clin d'oeil au passé (ils sont nombreux sur le disque !) se fait entendre au détour d'un solo ou d'un riff, celui-ci semble toujours couler de source. Opération séduction envers les plus anciens membres de la KISS Army ? Sans doute. Mais qui blâmera KISS de ne pas s'être compromis en cherchant à s'attirer les grâces d'une nouvelle fanbase ? Pas votre serviteur, en tout cas !

Retour aux sources donc, mais pas uniquement. Car résumer KISS à une période allant de 1974 à 1978 serait une très grave erreur. Et ça, le groupe l'a bien compris, en proposant un voyage musical à travers 35 années de bons et loyaux... sévices ! Et alors que Gene revient à ses premières amours, il n'oublie pas non plus de nous rappeler à quel point il pouvait effrayer son monde sur un album comme "Creatures Of The Night". Il en profite donc pour nous balancer un "I'm An Animal" lourd à souhait, morceau reptilien et plein d'une sourde menace dont seul le vieux Démon libidineux a le secret, qui nous prouve, si besoin en était, que l'adieu aux armes n'est pas encore pour demain. Je parle ici de "love gun", bien entendu ! Stanley, lui, se replonge avec délice dans les mélodies chromées qui avaient fait le succès "Crazy Nights" avec "Never Enough" et "Danger Us", et partage le chant avec son compère de toujours sur "Stand", hymne prenant dont le contraste entre des couplets bien rock et un refrain très mélodique n'est pas le moindre des charmes.

Mais le spectre musical balayé par "Sonic Boom" ne s'arrête pas là, et "All For The Glory", superbe titre chanté par Eric Singer, nous montre que KISS peut encore innover ! Même si la voix du blond batteur est proche de celle de son prédécesseur, difficile en effet de rapporter cette pièce à une quelconque période de KISS. Assurément l'un des moments forts de "Sonic Boom" ! Tommy Thayer n'est pas non plus en reste, et se charge du chant sur un convaincant "When Lightning Strikes", au riff très imprégné d'AC/DC. Notons que si le guitariste possède un joli brin de voix, ce n'est pas là sa seule qualité. Loin s'en faut, même ! Ainsi, le nouveau Spaceman co-signe bon nombre de chansons et asseoit définitivement sa place au sein du groupe en proposant des soli de grande qualité, sur lesquels il assume pleinement l'influence du Space Ace tout y ajoutant fluidité et vélocité. En un mot : la classe !

Plus qu'un retour aux sources, "Sonic Boom" marque donc un retour aux fondamentaux pour KISS qui, au fil de 11 morceaux de rock sans fioritures, démontre qu'il n'a pas volé son statut de légende du heavy. Une révélation pour certains. Pour certains, seulement...


 
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